jeudi 12 février 2009

LES NON-DITS DU RAPPORT DE LA COUR DES COMPTES: Blaise Compaoré épinglé


Le président Compaoré a-t-il lu, entre les lignes, le rapport 2006 de la Cour des comptes? Pas si sûr. Dans le cadre de l’élection présidentielle du 13 novembre 2005, l’Etat lui a octroyé une subvention de 7 692 307 FCFA. Il avait l’obligation de transmettre un rapport financier à la Cour des comptes sur l’utilisation qu’il en a faite. L’article 7 de la loi N° 012-2000/AN portant financement des partis politiques et des campagnes électorales, le somme de le faire dans un délai maximum de trois mois après le jour du scrutin. Donc au plus tard le 13 février 2006. Mais «Son Excellence» n’a pas respecté la loi. Quatre autres candidats qui convoitaient le fauteuil présidentiel sont aussi sur le ban des accusés. La Cour les a épinglés. Mais dans son rapport, il y a un flou artistique total. Elle a masqué les noms de ces «dinosaures politiques» qui ont pris et dépensé, on ne sait de quelle façon, l’argent du contribuable burkinabè. Le hic, c’est que ce n’est pas la première fois qu’on assiste à ce «pillage légalisé» du trésor public. Mais il n’y a jamais eu de sanction.

Feuilletez le rapport 2006 de la Cour des comptes, de la première à la dernière page. Vous ne verrez nulle part le nom de Blaise Compaoré. Pourtant, il a été pris dans les filets. Faites une halte à la page 213. Vous verrez d’abord un gros montant: 99 999 991 FCFA. C’est la subvention octroyée aux 13 candidats à l’élection présidentielle de 2005. Chacun a reçu 7 692 307 FCFA. La date limite de dépôt du rapport financier à la Cour des comptes est clairement stipulée dans l’arrêté N°2005-0075-MATD/MFB du 20 octobre 2005 relatif à la répartition des fonds. La loi portant financement des campagnes électorales est tout aussi claire. Article 7: «L’organe dirigeant national d’un parti ou un candidat ayant bénéficié d’un financement public est tenu de rendre compte dans un rapport financier, de l’utilisation des fonds publics reçus dans le cadre de sa campagne électorale». Et ce n’est pas tout: «Ce rapport financier, certifié et affirmé sincère par la structure compétente du parti ou par le candidat lui-même, est transmis, dans les trois mois suivant le jour du scrutin, à la Cour des comptes qui vérifie la conformité de l’utilisation du financement avec les dispositions de la présente loi». Mais c’est mal connaître certains partis et certains candidats. Ils s’en foutent de cette loi. Des personnalités politiques, parmi lesquelles de gros bonnets, qui aspiraient à diriger le pays ou à se réinstaller dans le fauteuil présidentiel en 2005, ont foulé aux pieds les règles du jeu. La juridiction supérieure de contrôle des finances publiques l’a écrit, noir sur blanc, dans son rapport: «Sur un total de 12 candidats, sept ont respecté le délai légal de dépôt de leurs rapports financiers. Cinq n’ont déposé aucun rapport». Aucun! Mais qui sont les fautifs? Vous ne verrez aucune réponse à cette question dans le rapport. Les auteurs du document public… ont délibérément choisi de ne pas rendre… public les noms des personnalités concernées. Donnant ainsi un coup de poignard à «dame transparence». Ne tournons pas autour du pot: la date du 13 février 2006 est passée sans que Blaise Compaoré (CDP), Gilbert Bouda (PBR), Toubé Clément Dakio(UDD), Philippe Ouédraogo (PDS) et Nayabtigungu Congo Kaboré (MTP) ne justifient auprès de la Cour, l’usage qu’ils ont fait de l’argent public. Seuls Me Bénéwendé Sankara (UNIR/MS), Soumane Touré (PAI), Norbert Tiendrebéogo (FFS), Ali Lankoandé (PDP/PS), Pargui Emile Paré (MPS/PF), Laurent Bado (PAREN) et Ram Ouédraogo (RDEB) ont respecté le délai. Pourtant, l’article 16 de la loi portant financement des activités des partis politiques et des campagnes électorales est catégorique: «Le parti qui n’aura pas déposé, dans les délais prescrits, son rapport financier de campagne ou hors campagne électorales, perd son droit à la subvention de l’Etat pour la toute prochaine campagne électorale ou pour l’exercice suivant la décision de la Cour des comptes». Mais il ne faut pas trop rêver ; il risque de ne jamais avoir de sanction.

Jeu de cache-cache

Jugez-en vous-même. Ce n’est pas la première fois qu’ «ils» dépensent l’argent du contribuable sans pièces justificatives. En 2002, une subvention de 299 999 992 FCFA a été octroyée aux partis politiques. Trente d’entre eux devaient participer, cette année-là, aux élections législatives. Ils se sont répartis 200 000 000 de FCFA. Le CDP, l’ADF/RDA, la CAD, la CFD, le PAI et le PAREN se sont taillé la part du lion. Chacun a eu 12 599 319 FCFA. Le FFS a obtenu 11 010 216 FCFA, la CPS 10 896 708 F, le PNP 10 783 201 F, l’UNIR/MS 10 896 708 F. La CNDP, le PPDS et le PDS ont obtenu respectivement 9 194 098 F, 8 513 053 F et 7 150 965 FCFA. L’APL a eu la même somme que le PDS; l’UNDP 6 696 935 F, le PSU 5 561 862 F, l’UDPI et le FPC 4 199 773 FCFA. Au bas de l’échelle, il y avait l’UPD/PT et le RPP Gwasigi avec 2 270 147 FCFA chacun, le RDR 2 610 670 F, le PNR/JV 2 497 162 F, l’UDD 1 135 074 F, le RDP et le PFID 1 021 566 francs chacun. Mais dès qu’ils ont empoché les sous, certains ont commencé à faire un jeu de cache-cache. Ils devaient justifier l’utilisation des financements reçus au plus tard le 5 aout 2002. Mais c’était mal les connaître. Le 6 août, la Cour des comptes n’avait reçu que quatre dossiers. Seuls le GDP, le PFID, le PAREN et le FFS avaient respecté les clauses. Le «grand» CDP, l’ADF/RDA, le PAI, le PDP/PS et les 22 autres ont violé la loi… sans qu’elle ne crie. Il n’y a eu aucune sanction. Tant pis pour l’article 16! La Cour des comptes sait bien que ces partis sont dans l’illégalité totale. Mais elle a apparemment décidé de s’habiller de la tunique de «complice». Après la date limite de dépôt des rapports financiers, certains partis, sentant que le magot risquait de leur échapper à la prochaine répartition, ont tenté de colmater les brèches. Ils ont fortement négocié pour déposer leurs dossiers. La Cour a accepté. Mais certains leaders ou partis qui aiment bien souvent se vanter, sont des récidivistes notoires. Chaque fois, ils bénéficient des financements publics mais jamais ils ne rendent compte. Et jamais ils ne sont inquiétés.
Aux législatives de 2002, trois partis ont obtenus «au moins 5% des suffrages exprimés, au prorata du nombre de suffrages». Ils ont bénéficié de 50 millions de FCFA, conformément aux modalités prévues par l’arrêté N°2002-239/MATD/MEF du 17 juin 2002. Le CDP (68, 63% des suffrages) a obtenu 37 101 308 F, l’ADF/RDA (13, 66%) 7 384 582 FCFA et le PDP/PS (10, 20%) 5 514 110 FCFA. Mais il n’y a pas que ça. 28 partis politiques ont reçu, chacun, 1 785 714 FCFA. La raison invoquée est trop banale: ils sont officiellement reconnus, sont à jour au regard de leurs statuts et ont participé au moins à un scrutin. Rien de plus.
Les partis politiques bénéficient ainsi, même hors campagne électorale, de l’argent frais du trésor public. Ces deux derniers financements s’inscrivent dans ce cadre. Mais lorsqu’il s’est agi de rendre compte au plus tard le 31 mars 2003, très peu ont répondu à l’appel. Il s’agit de l’UDPI, du RDP, du FFS, de l’UFD, des l’UFDP, du GDP, de l’UDF, du PNP, du RDR, du PAREN et du PPDS. Les gros calibres de la mare politique ont encore violé la loi. Le CDP, l’ADF/RDA, le PAI, le PDP/PS et plusieurs autres bénéficiaires de l’argent du contribuable étaient absents de la liste. Là encore, pas de sanction. Pauvre article 16!
Même pagaille en 2003 et 2004. Les partis ont reçu des subventions pour leurs activités hors campagne électorale. La juridiction supérieure de contrôle des finances publiques a donné un coup de pied dans la fourmilière. Il s’est aussitôt dégagé une odeur nauséabonde. Elle l’a écrit dans son rapport 2005, page 269: «A l’issue des contrôles, la Cour des comptes a relevé de nombreux cas de non respect de la légalité dans l’utilisation de ces subventions»: non respect de la procédure des dépenses publiques, factures non certifiées, non acquittées, absence de pièces justificatives, utilisation de décharges comme justificatifs, non ouverture d’un compte spécial pour la gestion de la subvention de campagne électorale, non production des rapports financiers et des bilans comptables, non respects des délais de transmission, rapports financiers non certifiés par des organes compétents. Bref, la liste est longue. Certains partis n’ont pas fait de rapports financiers mais ont juste présenté à la Cour, un récapitulatif de recettes et de dépenses. Le hic, c’est qu’en la matière, les années se suivent et se ressemblent. Dans son rapport 2006, la Cour fait les mêmes constats. Elle brandit encore la loi N°12-2000/AN du 2 mai 2000. Morceaux choisis: ‘Article 6: «La subvention est versée dans un compte spécialement ouvert à cet effet. Article 7: «Le rapport financier doit être certifié et affirmé sincère par la structure compétente du parti ou par le candidat lui-même»’. La certification du rapport «est obligatoire». Sinon, elle n’a aucune «valeur juridique», précise la Cour des comptes à la page 214 de son rapport 2006.

Jeu de massacre

Mais la Cour elle-même se trouve dans un imbroglio. Elle a du mal à statuer sur les dossiers déposés. Dans son rapport 2003-2004, elle finit par passer aux aveux: «La loi ne définit ni le rapport financier, ni le bilan comptable». La Cour est finalement perdue. Elle ne sait pas à quoi s’en tenir. Elle finit par s’agripper à l’article 7 de la loi portant financement des activités des partis politiques et des campagnes électorales. Cet article est pourtant trop léger. Il subordonne la validité du rapport financier et du bilan comptable à la simple signature et à la certification de sincérité par l’organe dirigeant du parti ou par le candidat en cas d’élection présidentielle. Il n’y a aucune autre précision. Mais il y a plus grave: la loi ne fait pas obligation aux partis politiques de joindre les pièces justificatives aux rapports financiers.
Cette situation cloue au pilori la Cour des comptes. Boureima Pierre Nébié et son équipe optent pour la clémence. Suite aux contrôles sur l’exercice 2002, ils ont décidé «qu’à titre exceptionnel, il ne soit pas fait application des sanctions dans le cadre du présent contrôle». Mais en 2003, 2004, 2005…, il n’y a pas non plus eu de sanction et les partis politiques fautifs continuent de se la couler douce. Sans aucune justification! Sans aucune sanction non plus. Aucune instance juridictionnelle n’a non plus entamé une procédure quelconque pour recouvrer les fonds du fait du non respect de la loi. Jusqu’à présent, rien n’a changé. «C’est un pillage légalisé du trésor public», tranche catégorique, un haut cadre de l’Administration. Le danger, c’est que le CDP, parti majoritaire, qui a en charge la gestion du pays et qui n’ignore certainement pas comment se fait un rapport financier, s’adonne «à cœur joie» à ce jeu de massacre. Et il sera encore financé. Et «il ne rendra pas compte». «C’est ainsi qu’ils bouffent l’argent du peuple», s’offusque un professeur de droit de l’Université de Ouagadougou. Il observe un bref silence puis reprend son souffle: «Ce qui frustre le plus, c’est que Blaise Compaoré lui-même, qui a succédé à Thomas Sankara et qui dit vouloir la démocratie, ne montre pas le bon exemple. Ne pas rendre compte de l’utilisation qu’on fait de l’argent public est un acte grave. C’est dommage qu’au sommet de l’Etat, il se passe des choses aussi graves».
Ainsi, l’argent du contribuable continue d’être réparti entre les partis politiques: 400 millions de FCFA pour les législatives du 6 mai 2007. 47 partis s’en sont régalés. 499 968 876 FCFA pour les activités hors campagne électorale en 2008. Quatre partis sont passés à la caisse: le CDP a empoché 421 225 024 FCFA, l’ADF/RDA 77 354 961 FCFA, l’UDF et l’UFP, 694 444 FCFA chacune. Ont-ils déposé leur rapport financier? Question à multiples inconnues.
Et comme la République elle-même semble être inactive pour régler cette question, le flou est de plus en plus persistant sur la gestion des fonds octroyés aux partis ou aux candidats. On assiste à toutes sortes de manipulations de chiffres. Donc à des surfacturations. Ainsi, dans ce que l’on appelle communément les «faux frais», figurent souvent de fausses factures sur lesquelles sont portées des adresses fictives. Certains leaders de partis sont injoignables aux numéros de téléphone et aux adresses qu’eux-mêmes ont transmis à la Cour. Dans son rapport 2003-2004, cette dernière leur adresse une phrase assassine: «Bon nombre de partis politiques n’ont pour siège qu’une simple boîte postale». Et comme les fonds sont directement remis aux mandataires des partis ou du candidat, il n’y a pas de «traçabilité». La subvention devrait être versée dans un compte spécialement ouvert pour cela. Mais de nombreux partis, «fiers du pillage légalisé» de l’argent du contribuable, préfère ne pas créer de compte bancaire. Cela leur permet de «mieux bouffer», surtout que jusque-là, personne n’est venu leur dire de rembourser.

Polémique à la Cour des comptes

Il y a eu, en 2004, un accrochage à ce sujet entre la Cour des comptes et le Parquet général. Le Parquet, voyant se cumuler les irrégularités multiples et multiformes, a tapé du poing sur la table. Morceau choisi: «Le ministère public requiert, qu’il plaise à la Cour d’en tirer toutes les conséquences de droit et dire que ces partis politiques qui n’ont pas déposé dans les délais prescrits par la loi leurs rapports financiers de campagne (5 mai 2002) ou hors campagne électorale, perdent leurs droits à la subvention de l’Etat pour la toute prochaine campagne électorale ainsi que pour l’exercice budgétaire suivant». La réponse de la Cour des comptes? La voici: «Nous n’avons pas cru devoir suivre cette position en nous fondant d’une part sur les difficultés d’application des textes et d’autre part, sur le fait que le délai qui nous avait été imparti pour la notification de notre décision était expirée». Cet accrochage a rendu la situation très préoccupante. Il a provoqué une vive polémique à la Cour des comptes. Le 14 juin 2004, un référé a été adressé au ministre des Finances et du Budget. Deux jours après, un autre a été transmis au ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. Les deux référés portent un message urgent: que des mesures correctives soient mises en œuvre dans un délai de trois mois. Mais ces ministres de la République ont sommeillé sur le dossier. Des années se sont écoulées sans qu’il n’y ait de mesures correctives. La loi portant financement des activités des partis politiques et des campagnes électorales, n’a pas encore été corrigée. La Cour des comptes continue de travailler dans l’opacité. Une vraie pagaille! La plupart de ses recommandations sont classées sans suite. Voici la dernière: «La Cour recommande la prise de dispositions par les services du Trésor pour le virement de la subvention dans un compte spécialement ouvert à cet effet; l’application effective des sanctions dans le souci de garantir le respect de la loi par les partis politiques et leurs candidats; la mise en œuvre de la sanction consistant en la perte du bénéfice de la subvention au titre de la prochaine campagne électorale pour les candidats défaillants». Ces recommandations seront-elles appliquées? Question à multiples inconnues. En attendant de le savoir, certains partis politiques ou leurs candidats continuent de provoquer une hémorragie financière grave pour le Budget de l’Etat. Et cela risque, si l’on n’y prend garde, de mettre, à la longue, la République sous perfusion. Le candidat Blaise Compaoré, qui a remporté l’élection présidentielle de 2005, est sur la «liste noire» de la Cour des comptes. Comment vont réagir le Premier ministre Tertius Zongo et l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat? Mystère et boule de gomme.

Par Hervé D’AFRICK

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Comment nous avons «réveillé» la Cour des comptes

L’une de nos enquêtes en début 2007 nous avait conduit à la Cour des comptes. Nous voulions le tout premier rapport public (2003-2004) de cette haute juridiction. C’est elle qui contrôle la gestion des finances publiques. Mais jamais la Cour ne nous a remis ce rapport. Nous avons insisté et insisté, en vain. Il a fallu que nous passions par d’autres sources d’informations pour l’avoir. Nous avons appris après que le rapport était classé top secret. Le Réseau national de lutte anti-corruption (RENLAC) avait lui aussi tenté en vain de l’obtenir. Le premier article du «Reporter» sur la Cour des comptes s’est achevé par une note triste. Voici un morceau: «La Cour des comptes continue ainsi de travailler dans l’opacité. Et elle est de plus en plus l’objet de critiques. Dans son rapport 2005, le REN-LAC fait un triste constat: «la Cour est censée établir un rapport public annuel et des rapports particuliers (…). Ces rapports doivent être mis à la disposition des citoyens qui, en tant qu’électeurs et contribuables, ont un droit de regard sur la gestion des biens de la nation (…). Mais jusqu’à présent, son premier rapport n’est pas publié». Apparemment, la Cour ne veut pas qu’on regarde dans sa casserole. Pendant près d’un mois, nous avons tenté, souvent avec insistance, d’avoir un rendez-vous. En vain. «La personne que vous devez voir est occupée», nous a déclaré une secrétaire. Et son suppléant? «Lui aussi est occupé. Laissez votre numéro de téléphone; on vous rappellera; c’est sûr!». Le coup de fil se fait attendre, jusqu’à cette phrase, dernière de ce journal à avoir été écrite».
Lorsque l’article est paru, la Cour s’est quelque peu affolée. L’un des présidents de chambre nous a joint par téléphone. Il était d’abord surpris que nous ayons eu le rapport. Ensuite, il a fait une promesse: «Vous avez tout à fait raison. La loi nous oblige à rendre public notre rapport annuel. Je vous promets que désormais, tout se passera de façon officielle. Nous allons inviter les journalistes; nous allons même tenir des conférences de presse. Votre article nous permettra de nous corriger au fur et à mesure». Le rapport public qui a suivi, celui de 2005, a été effectivement mis à la disposition des journalistes. Il a même fait des vagues. Le maire de Ouagadougou, Simon Compaoré, ne l’oubliera pas de sitôt. Il a été sérieusement secoué par les contrôles relatifs à la réfection de l’hôtel de ville. Lors d’une conférence de presse, il avait crié, tempêté, contre-attaqué, indexé, accusé et même voulu «casser la baraque». Simon a nié avoir trempé dans cette scabreuse affaire d’attribution de marché à plus d’un milliard de FCFA. La suite de ce dossier, c’est qu’il n’y a pas eu de suite. Le maire n’est pas «n’importe qui», affirme l’un de ses collaborateurs.

Hervé D’AFRICK

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Vide juridique

La loi portant financement des activités des partis politiques et des campagnes électorales est floue. Dans le lot des incohérences, il y a l’article 18. Il évoque l’application de sanctions (au pluriel) sans les définir. S’agit-il de sanctions autres que celui prévu à l’article 16 de cette loi? Cet article parle du non renouvellement temporaire de la subvention. Le problème, c’est que l’article 18 ne renvoie pas à l’article 16. Alors, de quelles sanctions s’agit-il? Les sanctions prévues à l’article 18 ne visent pas à réprimer la non production des rapports financiers. L’article en question permet à la Cour des comptes de faire pression sur les partis politiques afin qu’ils répondent à ses injonctions lorsqu’elle leur demande de réparer les irrégularités qu’ils ont commises. «Faute de réaction appropriée, le parti politique est passible de sanctions». C’est la dernière phrase de l’article 18. On ne sait pas la nature des sanctions. S’agit-il de recouvrer le montant des dépenses non justifiées? S’agit-il d’infliger une amende en cas de non réponse ou de réponse insatisfaisante à une injonction? Sur ces questions, la loi est muette. Et donne ainsi la liberté aux partis politiques fautifs de «vider» les caisses de l’Etat en toute impunité.

Hervé D’AFRICK

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Faut-il plafonner les dépenses publiques?

Certains partis politiques ont trouvé de bonnes formules pour détourner les subventions octroyées par l’Etat. Et ils affirment être dans leur bon droit. Un leader politique nous a déballé ses convictions: «Si vous donnez des billets de banque à des militants, vous faites une consultation chez un marabout, vous achetez quelque chose dans le secteur informel, etc., comment vous allez justifier ça?». Et si on plafonnait alors les dépenses qui, apparemment, échappent aux exigences comptables? Possible. Mais pour le moment, il y a un vide juridique.

Hervé D’AFRICK
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Près de 150 partis politiques au Burkina

Il y a une floraison de partis politiques au Burkina: 105 le 3 février 2005, 126 le 26 février 2007 et 140 en février 2008. La liste va bientôt s’allonger. Une dizaine de nouveaux dossiers ont été validés par le ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation. Il ne reste qu’à introduire ces nouveaux partis dans le fichier. Leur nombre passera ainsi à environ 150.

Hervé D’AFRICK

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Politiquement incorrect?

L’Etat a débloqué beaucoup d’argent dans le cadre des législatives du 6 mai 2007. 47 partis sont passés à la caisse. Ils se sont répartis 400 millions de FCFA. La somme débloquée en 2008 pour les activités hors campagne électorale, était plus importante: 499 968 873 FCFA. Mais là, il n’y avait que deux gros partis: le CDP et l’ADF/RDA. Ils ont obtenu au moins 5% des suffrages aux législatives de 2007. Cette performance a permis au CDP (61, 53%) d’engranger 421 225 024 FCFA et à l’ADF/RDA (11, 29%) d’empocher 77 354 961 FCFA. Il reste donc 1 388 888 FCFA. Cette somme a été répartie à parts égales entre deux petits partis: l’Union démocratique du Faso (UDF) et l’Union des forces progressistes (UFP). L’arrêté portant répartition des fonds, signé le 20 novembre 2008, par le ministre de l’Economie et des Finances, Lucien MarieNoel Bembamba et le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Clément Sawadogo, semble être à géométrie variable : «La somme de 1 388 888 francs CFA est répartie entre les partis politiques reconnus, à jour eu égard à leurs statuts et ayant pris part à au moins à un scrutin». Ainsi, l’on pourrait conclure que tous les autres partis, à part l’UDF et l’UFP, soit ne sont pas reconnus, soit ne sont pas à jour eu égard à leurs statuts, soit n’ont pas pris part à au moins un scrutin. Dans le pire des cas, ils ne sont conformes à aucune de ces exigences. Ce que contestent de nombreux partis politiques. «La loi sur le financement des activités des partis et des campagnes électorales est floue», affirme un juriste. Il préconise que l’Assemblée nationale examine urgemment ce problème pour éviter qu’on continue de dilapider les fonds publics». Sera-t-il entendu? Lui-même n’en est pas sûr. «Il est évident que certains partis, et non des moindres, vont s’opposer à cette initiative. Parce que ça leur enlèvera le pain de la bouche», conclut-il, pessimiste, avant de revenir à la charge: «C’est un impératif majeur pour assainir la gestion des finances publiques». Et voici son regard qui se tourne vers le Premier ministre: «Peut-être que si Tertius Zongo prend à bras-le-corps ce dossier, ça va aller».

Hervé D’AFRICK

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Grattez! Y a des noms derrière!

Il y a beaucoup de zones d’ombres dans les rapports publics de la Cour des comptes. Les dossiers concernant les hautes personnalités de l’Etat semblent bénéficier d’un traitement particulier. Bien que ce soit des affaires graves, les noms des personnes concernées sont assez souvent masqués. Si on s’en tenait au rapport public, nul n’aurait peut-être jamais su, à part ceux qui sont dans le secret des dieux, que l’ex-Premier ministre Paramanga Ernest Yonli, actuel ambassadeur du Burkina aux Etats-Unis, l’ex-ambassadeur du Burkina en France, Filippe Savadogo, actuel ministre de la Culture, du Tourisme et de la Communication, porte-parole du gouvernement , et l’ex-ministre de la Justice, Seydou Badini, actuel représentant de Blaise compaoré dans le dialogue direct inter-ivoirien, l’ex-président de la Fédération burkinabè de football, Seydou Diakité ont été épinglés suite à des irrégularités multiformes dans une affaire de villas vendues à crédit (Voir Le reporter N°19 de janvier 2009). Leurs noms ne figurent nulle part dans le rapport public. De même que les identités de Blaise Compaoré et des autres leaders politiques qui n’ont pas rendu compte de la gestion des fonds publics qui leur ont été octroyés dans le cadre de l’élection présidentielle de 2005. A la page 213 du rapport 2006, la Cour affirme que l’un des candidats n’a pas retiré son chèque. Mais elle ne dit pas de qui il s’agit. C’est Hermann Yaméogo de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD). Il s’était retiré de la course vers le fauteuil présidentiel. Mais le logo de son parti n’avait pas été retiré de la course.
Le flou ne règne pas seulement dans l’arène politique. A propos de l’attribution des marchés, il y a des «choses bizarres» mais on ne sait pas qui se cache derrière. Voici un morceau du constat de la Cour des comptes concernant ceux attribués par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS): «Il a été constaté le paiement d’avance de démarrage à des taux supérieurs aux taux règlementaires fixés. C’est le cas du marché N°2004/005/DG/SG/DIGI du 22 mars 2004 de 717 000 000 de FCFA HT et du marché N°2004/003/DG/SG/DIGI du 22/03/04 de 529 500 000 FCFA. L’avance de démarrage de ces deux marchés a été calculée à des taux de 30% au lieu de 10%. Par ailleurs, des avances de démarrage ont été payées pour des lettres de commande alors que la réglementation l’interdit. C’est le cas des lettres de commande N°2004/033/DG/SG/DIGI du 26/08/2004 de 15 361 400 FCFA; N°2004/034/DG/SG/DIGI du 26/08/2004 de 15 480 400 FCFA; N°2004/035/DG/SG/DIGI du 26/08/2004 de 15 361 400 FCFA; N°2004/039/DG/SG/DIGI du 26/08/2004 de 15 361 400 FCFA; N°2004/038/DG/SG/DIGI du 30/08/2004 de 15 361 400 FCFA». Grattez, il y a de gros opérateurs économiques derrière! Ce n’est pas la peine de feuilleter le rapport de la Cour des comptes. Vous ne verrez aucun nom concernant ces marchés.

Hervé D’AFRICK

AFFAIRE CNSS: Le jeu trouble de certains confrères

Depuis la publication, dans notre précédente édition, de l’article sur «les non-dits du rapport de la Cour des comptes, certaines personnalités citées font des pieds et des mains pour redorer leur blason, aidés en cela par des journalistes démarcheurs à qui ils ont confié la mission d’administrer la preuve qu’ils ne doivent plus rien à la CNSS ou qu’ils sont toujours dans les délais de paiements et continuent de s’exécuter. Ainsi, des confrères qui connaissent certainement mieux que nous le code de l’information, ont publié le droit de réponse de Boureima Badini. Le Code de l’information est clair: le droit de réponse doit être publié dans le journal où l’article incriminé a été publié. Mais le quotidien Sidwaya a foulé aux pieds cette règle fondamentale. Tellement il tenait à publier le droit de réponse qu’il a biffé trois mots «Droit de réponse» qui introduisait l’écrit de Boureima Badini, pour les remplacer par trois autres mots «Point de vue». Le quotidien Le Pays a lui aussi trouvé une formule: il a publié un très large extrait du droit de réponse. Bref, c’est frustrant de voir que des individus restés au frais dans leurs bureaux, essaient par des méthodes diverses, de saper les efforts du «Reporter». Nous interpellons humblement le Conseil supérieur de la communication (CSC) sur ces pratiques inélégantes, non confraternelles et illégales de ces quotidiens et saluons la sagesse et l’honnêteté intellectuelle de ceux qui ont reçu ce droit de réponse et ont fait droit à ce qui devrait être. Bref, passons!
Nous avons ensuite été saisis par Seydou Diakité et par ses «envoyés spéciaux». Encore des journalistes! Et comme cela se doit, nous avons exigé qu’il nous apporte les documents attestant qu’il avait soldé sa dette. Il ne nous a apporté qu’une copie de son PUH et du contrat qu’il a signé. Cela suffit-il ? Certainement pas! Nous avons recueilli, à ce sujet, l’avis d’un spécialiste du droit qui nous a certifié que le PUH ne saurait, seul, constituer une preuve que Monsieur Diakité a fini de payer ce qu’il doit à la CNSS. Un avocat nous a même donné l’exemple d’un de ses clients qui a eu des démêlées judiciaires avec une société immobilière de la place qui lui exigeait des preuves de paiement de la totalité de ce qu’il devait à ladite société alors qu’il était détenteur de son PUH. Pourtant, dans le contrat de celui-ci, il a été clairement stipulé que l’obtention du PUH était conditionnée par le paiement intégral du montant dû à la société immobilière.
Pour le cas de Seydou Diakité, l’article 17 de son contrat dit que «la délivrance par la CNSS à l’acheteur-acquéreur du permis urbain d’habiter (PUH) établi au nom de celui-ci met de plein droit fin au contrat de vente d’une villa de Ouaga 2000». Mais il y a l’article 12 du même contrat qui stipule qu’ «au terme du paiement intégral du prix de cession de l’immeuble, un acte de vente dûment signé et enregistré transférera la propriété de l’immeuble à l’acheteur-acquéreur». Nous lui avons donc demandé, du moins à ses envoyés, «cet acte de vente dûment signé et enregistré» ou, à défaut, une quittance ou encore tout autre document délivré par la CNSS ou qui de droit, pour attester que l’ex-Président de la Fédération burkinabè de football (FBF) ne doit plus un kopeck à la CNSS. Nous attendons toujours. Curieusement, nous apprenons par «Le Pays» dans sa livraison du vendredi 23 janvier 2009 dans la rubrique ‘Pot Pourri’ que la Rédaction du quotidien a en sa possession des documents attestant «qu’il a fini de payer ce qu’il devait à la CNSS, à la date du 22 Août 2007». En toute confraternité, nous voudrions ici féliciter le quotidien pour sa perspicacité, un quotidien où nous avons été préalablement journalistes avant de démissionner. En tous cas, Seydou Diakité ne nous a fourni que la copie du PUH délivré le 24 avril 2008 par le maire de l’arrondissement de Bogodogo et non par la CNSS comme écrit dans son contrat.
Au demeurant, notre souci n’étant pas d’incriminer qui que ce soit, ni de jouer les Zorro mais de rendre compte de faits que nous croyons importants pour la vie publique nationale, nous ne pouvons que nous réjouir que les actions de la Cour des comptes trouvent un écho favorable chez certains citoyens accusés d’être mauvais payeurs! Ce qui est inquiétant, c’est tout ce branle-bas médiatique qui a tendance à jeter le flou dans l’opinion publique. Comme l’a écrit notre confrère JJ, Le Reporter n’a rien inventé. La plupart des informations contenues dans l’article proviennent du Rapport de la cour des comptes. Nous avons simplement essayé de compléter certaines informations notamment les non-dits flagrants (les noms de ceux qui ont été identifiés dans le rapport par le terme «des personnalités »). Et Dieu seul sait combien ce ne fut pas facile. Nous avons retardé notre parution de plus d’une semaine pour pouvoir boucler ce travail qui a duré près d’un mois. Lisez-le bien; il n’y a pas que les noms des personnalités concernées. Il y a d’autres informations concrètes. Contrairement à notre confrère JJ, nous pensons qu’il y a «un os» et que le plus inquiétant, nous semble-t-il, c’est moins «à qui profite les révélations?» comme l’a écrit ce journal, mais plutôt cette «gestion informelle» des cotisations sociales des travailleurs pour leurs vieux jours! A qui la lecture du rapport de la Cour des comptes ne suscitera pas, ne serait-ce que par curiosité intellectuelle, ce besoin de savoir qui sont ces personnalités qui ont pris des engagements aussi forts et qui ne les respectent pas? En tous cas, au journal Le Reporter, nous avons été intrigués et avons décidé, en toute indépendance, de percer le mystère. C’est tout simple!

La Rédaction

NOS LECTEURS REAGISSENT... «Vous avez fait du bon boulot!»


Voici le message le plus long que nous avons reçu suite à notre article sur «les non-dits du rapport de la Cour des compte», paru dans notre édition de janvier 2009. «Votre journal a été photocopié et revendu», affirme l’un de nos lecteurs qui n’hésite pas à donner un coup de griffes aux personnalités concernées par la vente à crédit des villas CNSS.

Bonjour. Je suis étudiant et suis un de vos très fidèles lecteurs. Je tiens absolument à vous encourager pour le travail extrêmement important que vous faites chaque mois pour que nous soyons informés sur les grands sujets du pays. Infiniment merci. J’ai lu avec intérêt votre dernier journal du mois de janvier sur les gens d’ «en haut en haut» qui ont pris des villas à des coûts allant même jusqu’à 106 millions de francs alors que le petit peuple a faim. C’est grâce à ce genre d’articles que les choses vont s’améliorer. Vous contribuez beaucoup à instaurer la transparence dans la gestion des affaires publiques. Ça fait plaisir de voir ceux qui nous dirigent s’expliquer sur les actes qu’ils ont posés. Ils ne le feront jamais si la presse ne secoue pas le cocotier. Vous avez bien fait de les démasquer. Sinon, personne n’allait savoir que des personnalités du pays n’ont pas respecté leurs engagements. Vous avez bien fait de publier les documents; ça permet de savoir que personne d’entre eux n’a respecté les échéances de paiement. Certains ont commencé à crier pour dire qu’ils sont blancs comme neige, alors qu’ils n’ont même pas été en mesure de tenir parole par rapport au contrat qu’ils ont signé. C’est dommage car l’exemple doit venir d’en haut. Mais si le sommet est pourri, c’est inéluctablement la voie de la dérive qui se fraie devant nous. Dans ce pays, les dirigeants ont trop l’art de contester. Quand le PNUD a classé le Burkina avant-dernier dans son rapport sur le développement humain durable, ce sont les mêmes qui sont allés faire un contre rapport. Ils ont voulu contester le PNUD mais la réalité est là. Il doit avoir deux types de citoyens au Burkina. J’ai l’impression que les dirigeants ne sont pas du tout confrontés à la vie chère. Yonli s’est même permis de prendre une villa de 106 millions! Alors que la grande majorité des Burkinabè cherchent à avoir ne serait-ce que un repas par jour. Pour Filippe et Badini et Diakité, c’est plus de 52 millions chacun. Même si Badini, la seule personne qui a officiellement réagi, affirme que ce n’est pas un prêt mais une vente de villa à crédit, il faut avouer qu’il y a problème. Il faut avoir un minimum de respect pour le peuple qui a faim. Mais on est dans un pays où les uns mangent et les autres regardent. C’est comme ça que naissent les révolutions. Sous la Révolution, il y avait des TPR pour régler ce genre de problèmes. Les ministres roulaient en 406. Même Thomas Sankara roulait souvent à vélo. Je me demande comment ces gens qui ont pris les villas avec la CNSS ont pu s’enrichir de cette façon. Les 106 millions de Yonli, c’est seulement pour une villa! Comme disent nos frères ivoiriens, on est où-là? Bref, je dis bravo à toute l’équipe de votre journal pour le travail que vous avez fait. Même si certains ne sont pas contents, sachez que «vous avez fait du bon boulot», pour reprendre l’expression chère du commissaire de la série «Commissariat de Tampy». Ne faites jamais comme certains journaux qui veulent à tout prix lécher les bottes des puissants. Certains ont tellement voulu les blanchir qu’ils ont fini eux-mêmes par se planter. Le 27 janvier dernier, j’allais à l’université quand un petit m’a présenté les journaux qu’il vendait. A la première page d’un quotidien, c’était écrit en grand : «villas vendues par la CNSS : ceux qui payent, les retardataires et ceux qui ont soldé leurs comptes». J’ai pris mes maigres sous pour acheter le journal, mais dedans, y avait aucun nom. C’était une interview du DG de la CNSS dans laquelle je n’ai retrouvé ni les identités de ceux qui payent, ni ceux des retardataires, ni de ceux qui ont soldé leurs crédits. Au début, j’étais énervé mais après, je me suis mis à rire. J’ai compris comment au Burkina, certains journaux fonctionnaient. Au journal Le Reporter, je dis encore Bravo et courage. Vous, vous avez bien fait votre travail. Il faut augmenter le tirage du journal parce que beaucoup de gens n’ont pas eu celui de janvier. Certains étaient obligés de le photocopier pour revendre. Merci et bonne journée.

Josué Emile Tapsoba

MAUVAISE GESTION DES BIENS PUBLICS: L'indifférence troublante des autorités

Dans notre première édition de l’année 2009, nous nous sommes fait l’écho des non-dits du dernier rapport de la Cour des comptes, remis officiellement au président du Faso le 29 décembre. Ces révélations ont suscité, tant dans l’opinion, au niveau des protagonistes que dans la presse, un véritable tollé. Malheureusement, après la parution de l’article, il y a eu des tentatives de manipulation de l’information qui nous obligent à revenir sur cette affaire de prêts immobiliers (ou de ventes de villas à crédits) accordés par la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale) à certaines personnalités. C’est moins les efforts de personnalités incriminées qui cherchent à sauver leur tête et leur honorabilité écornée, que l’indifférence des plus hautes autorités qui nous interpelle.

D’entrée de jeu, il convient de saluer les efforts de la Cour des comptes dont les rapports suscitent de plus en plus des débats fort intéressants sur la gestion des affaires publiques. Dans un pays marqué par une crise de confiance entre les institutions et la société, la Cour des comptes, malgré certaines critiques, reste une étoile scintillante qui éclaire les autorités et l’opinion sur des pratiques peu orthodoxes de certains commis de l’Etat. C’est tout à son honneur !
Ensuite et dans la même lancée, l’on ne peut que s’inquiéter du silence, de l’indifférence à la limite du mépris des plus hautes autorités par rapport aux efforts abattus par l’équipe de Boureima Pierre Nébié, le Premier Président de la Cour des comptes. En effet, il est étonnant que dans un Etat qui se veut de droit, des cas de mauvaises gestions aussi graves les uns que les autres soient révélés aux autorités et que celles-ci affichent un silence coupable, du moins complice (Voir l’article sur les non-dits du rapport de la Cour des comptes dans Le reporter N°19 de janvier 2009). Les interpellations de l’institution supérieure de contrôle de la gestion des deniers publics au gouvernement sont restées lettres mortes. Les ministères (de l’Administration territoriale et de la décentralisation, de l’Economie et des finances, de l’Education de base et de l’alphabétisation, de la Santé, de l’Agriculture, etc.) et d’autres institutions publiques (Le médiateur du Faso) ont été interpellés. Mais dans la plupart des cas, c’est le silence ou le ‘black out’ total. Pourquoi le président du Faso et son gouvernement ne donnent-ils pas systématiquement suite aux rapports de la Cour des comptes ? Est-ce l’expression d’un manque notoire de volonté politique de traquer les mauvais gestionnaires des deniers publics ? Est-ce ainsi que l’on bâtit une «société d’espérance» ? Que cherchent finalement nos gouvernants à travers les rapports de la Cour des comptes qui leur sont transmis ? Bref, l’attitude des autorités est pour le moins troublante, surtout dans un pays où pour la grande majorité des familles, assurer un repas journalier (au lieu de trois) relève d’un parcours du combattant. Pire encore, nos députés (même de l’opposition), payés pour représenter le peuple sont eux aussi aphones sur ces terribles révélations. Dans ce pays de la «misère et de la poussière», on réhabilite un vieux bâtiment à plus d’un milliard, des dizaines de millions disparaissent des caisses, des gens s’achètent des costumes, des cravates, des chaussures avec l’argent du contribuable et se promènent allègrement en nous faisant l’insulte qu’ils sont les champions de la morale et de la vertu. Pendant ce temps, on ne cesse de nous distiller des slogans selon lesquels « être burkinabè, ça se mérite ». Non, être burkinabè, c’est un droit inaliénable pour tous ceux qui sont nés de parents burkinabè. Ceci est valable, autant pour le pauvre que pour le riche, le haut-cadre, le chômeur, le Président du Faso, le paysan. C’est plutôt être gouvernant digne, crédible et légitime qui se mérite. Il faut sortir des slogans politico-publicitaires, des professions de foi sans lendemain pour apporter, à défaut de l’espérance, juste un peu d’espoir à cette majorité de citoyens qui vivent dans l’angoisse de lendemains douloureux. Il faut espérer les engagements du premier ministre Tertius Zongo à donner des suites méritées au rapport de la Cour des comptes ne soient finalement que du bluff.
Il ne croyait pas si bien dire, l’autre, quand il affirmait avec fracas que la morale agonise au Faso. Ce qui s’est passé à la CNSS est assez illustrative de cette agonie morale. Paramanga Ernest Yonli, alors Premier ministre, pendant que le pays réel battait le macadam de Ouagadougou et du Burkina profond pour revendiquer vérité et justice sur les crimes économiques et de sang, a bénéficié d’une vente complaisante à crédit d’une villa d’une valeur de 110 millions. Sur quelle base ? Seuls lui et la CNSS peuvent nous le dire. Un Premier ministre du Burkina Faso peut-il avoir un prêt de cette valeur pour 5 ans? En général, la quotité cessible dans les institutions financières correspond au tiers du salaire. Or, selon les termes du contrat entre lui et la CNSS, il devrait verser chaque trimestre la somme 2 750 000 FCFA soit environ 917 000 FCFA par mois. Pour avoir une quotité cessible de 917 000 FCFA, il faut donc avoir un revenu mensuel d’environ 2 750 000 F CFA.
Un autre couac important dans cette affaire est cette avance obligatoire de 55 millions de FCFA conformément à l’article 4 du contrat de vente. Notre premier ministre Yonli, était-il un multimillionnaire au point de pouvoir débloquer 55 millions de FCFA pour honorer son engagement ? A-t-il délibérément choisi de signer un contrat dont il savait pertinemment qu’il ne pouvait pas respecter les termes ? Toujours est-il qu’il ne s’est pas acquitté de cette obligation jusqu’au passage de la Cour des comptes en 2006, soit 7 ans après. Au terme de la date butoir, il n’a pu verser que 20 millions de FCFA. On comprend pourquoi les ministres ne donnaient pas suite aux interpellations de la Cour des comptes. Si le Premier ministre lui-même est assis sur ses engagements contractuels avec la CNSS, il va de soi qu’il ne peut pas en imposer à ses ministres. Blaise Compaoré savait-il que son premier ministre traînait de telles casseroles et il l’a conservé autant d’années à la primature ? Que la réponse soit négative ou affirmative, c’est très grave, d’autant plus que lui-même n’a pas rendu compte du financement public de sa campagne électorale de 2005. Mais nous osons espérer qu’il ne le savait pas, tout comme il ne s’est pas préoccupé que son staff ait rendu compte de la gestion du financement de sa campagne par l’argent du contribuable. A sa décharge, dans ce cas, ce sont ses conseillers qui n’auraient pas fait leur boulot. Même là, on devrait s’inquiéter de ce que notre Président soit entouré de gens qui ne font pas leur boulot.

Yonli a-t-il violé la constitution?

Par ailleurs, n’y a-t-il pas eu une violation de la constitution dans cette affaire par le Premier ministre Yonli ? L’article 72 de la constitution du Burkina Faso stipule que «les membres du gouvernement ne doivent s’exposer à aucune situation susceptible de créer des conflits entre le devoir de leurs fonctions et leurs intérêts privés». Et l’article 73, alinéa 1, dit que « pendant la durée de leurs fonctions, les membres du gouvernement ne peuvent directement ou indirectement acheter ou prendre à bail tout ce qui appartient au domaine de l’Etat. La loi prévoit les cas où il peut être dérogé à cette disposition». L’alinéa 2 de cette disposition constitutionnelle précise: «Ils (les membres du gouvernement, NDLR) ne peuvent prendre part aux marchés et adjudications passées par l’administration ou par les institutions relevant de l’Etat ou soumises à son contrôle». L’achat à crédit de villas de la CNSS fait-il partie des cas ou la loi a-t-elle a prévu une dérogation ? Avis aux spécialistes du droit! Là encore, l’on ne peut s’empêcher de faire le triste constat qu’en haut lieu la loi fondamentale du Burkina Faso est si souvent foulée au pied, selon les intérêts en jeu.
Comment la CNSS a-t-elle pu s’engager avec un client pas forcément solvable, fût-il Premier ministre, d’autant plus qu’il s’agissait de vendre des immeubles pour permettre à l’institution de recouvrer ses fonds investis dans le cadre du sommet France Afrique de 1996 ? Boureima Badini, l’ex DG de l’institution, avec l’accord du conseil d’administration, a lui-même signé le 2 juin 1999, un contrat qui lui permettait de devenir propriétaire d’une villa de plus de 52 millions de FCFA. Un DG de la CNSS peut-il s’offrir sur la base de ses revenus légaux une telle villa, même pour 10 ans ? En tous les cas, le rapport de la cour des comptes est clair. Il y est écrit noir sur blanc à la page 197 qu’à la date du 30 /12/ 2004, les montants échus (c’est-à-dire ce qu’il devrait avoir versé) « s’élèvent à la somme de 26 457 700 F ». Lui aussi a été propulsé ministre de la Justice, garde des sceaux, plus tard avant d’être nommé Représentant du facilitateur du dialogue direct inter-ivoirien !
Ensuite, il y a l’ex-ambassadeur du Burkina à Paris en France. Lui également a acquis à crédit une villa CNSS d’une valeur de plus 52 millions de FCFA. Un ambassadeur du Burkina en France est-il si bien payé pour se permettre un tel engagement? En tous cas, il n’a pas pu l’honorer. Mais, il quittera son poste d’ambassadeur pour être ‘bombardé’ ministre de la Culture, du tourisme et de la communication, porte parole du Gouvernement actuel. Ainsi va le Faso du progrès et de la paix avec Blaise Compaoré. Naturellement, ceux qui ont bénéficié indument de ces avantages colossaux ne peuvent que jurer que le Burkina Faso progresse. Est-ce pour cela que quand «Flipe le Parigot» (pour emprunter les termes de notre confrère JJ) parle du Burkina, l’on a souvent du mal à croire qu’il parle de ce même pays ?
En fin de compte, cette affaire CNSS, au-delà de la question de savoir qui est à jour ou non au moment où Le Reporter publiait l’article sur les non-dits du rapport de la Cour des comptes, pose la question fondamentale de la qualité de certaines personnalités promues à de hautes fonctions de l’Etat. C’est dommage que cela ne semble pas poser de problèmes à certains confrères, motivés par on ne sait quelle raison et plus préoccupés à rétablir, coûte que coûte, vaille que vaille, l’image de «hauts dignitaires» que de «petits journalistes impertinents» d’un «canard fouineur» ont osé écorner. Mais enfin, n’est-ce pas le signe que la presse burkinabè est réellement libre et plurielle?
Dans les démocraties vraies, de telles personnalités ne peuvent nullement accéder à de hautes fonctions. Pour moins que ça, Obama le nouveau Président des Etats-Unis a du renoncer à l’un de ses chevaliers du changement. Comme quoi, malgré tout ce que l’on peut reprocher aux yankees, ils restent attachés à des valeurs morales inaliénables. C’est peut-être là le secret de leur puissance.

Par Boureima OUEDRAOGO

MENACES DE MORT CONTRE DES JOURNALISTES: Le REN-LAC exige que l'auteur soit identifié

RESEAU NATIONAL DE LUTTE ANTI-CORRUPTION
01 BP 2056 Ouagadougou 01. Tel. 226 50.33.04.73, Rue 4.29 Koulouba. Fax : 226 50.30.59.91,
Mail : renlac@renlac.org, Site : http://www.renlac.org/, tel. vert : 80 00 11 22
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Monsieur le Directeur de publication,
C’est avec stupéfaction que nous avons lu dans Le Reporter N°20 de Février 2009 que les journalistes de votre organe font l’objet de menaces de mort. En effet, l’auteur du mail du 20 janvier 2009 menace de « Zigouyer » les journalistes de votre journal et Newton Amed Barry de L’Evènement comme ce fut le cas de Norbert Zongo.
Pour le REN-LAC, cette manœuvre vise à anéantir les initiatives de dénonciations des faits et pratiques de corruption dont font preuve les journalistes. Au Burkina Faso, des mécanismes juridiques existent et toute personne qui se sent diffamée dans un écrit peut y recourir. C’est le cas du droit de réponse ou le recours devant les tribunaux.
Conscient de l’indispensable contribution de la presse dans la lutte contre la corruption, le REN-LAC, organisation de la société civile engagée dans cette même lutte :
- condamne sans réserve ces menaces qu’il croyait révolues au Burkina et prend le peuple burkinabè à témoin ;
- invite d’ores et déjà le gouvernement à assurer la sécurité des journalistes de votre journal ainsi que celle de Newton Amed Barry de L’Evènement ;
- exige que les structures compétentes mettent tout en oeuvre pour identifier l’auteur de cet écrit afin qu’il réponde de son acte. Une telle réaction sera de nature à décourager toute personne qui voudrait attenter à la liberté d’expression et à la vie des journalistes ;
- vous apporte tout son soutien dans la lutte contre la corruption au Burkina.
Veuillez agréer, Monsieur le Directeur de publication, l’expression de nos sentiments respectueux.

Le Secrétaire Exécutif
Pr. Blaise SONDO