dimanche 23 août 2009

UIDH: 15 mois d’arriérés de salaires, eau, électricité et téléphone coupés

L’Union interafricaine des droits de l’homme (UIDH) traverse une période trouble. Elle a de sérieux problèmes financiers. Pas de salaires, pas de loyer, pas de téléphone, pas d’eau, pas d’électricité… Depuis juin 2007, les choses ont du mal à atteindre leur vitesse de croisière. Les sections ne sont pas à jour de leurs cotisations. N’en pouvant plus, le personnel a saisi l’Inspection du travail. Le président que certains accusent de vouloir transférer le siège de l’organisation au Mali, affirme faire des pieds et des mains pour redresser la situation. Mais pas facile de sortir de cette zone de turbulences. Un congrès extraordinaire, qualifié par certains de «congrès de dernière chance», est prévu ce 15 juillet à Bamako.

Créée en juillet 1992, l’UIDH compte théoriquement 46 membres représentant des associations nationales des droits humains à travers l’Afrique. Mais 33 seraient plus ou moins actives. Au dernier congrès, en mars 2007 à Ouagadougou, seulement 23 étaient effectivement présentes. L’organisation a obtenu en 1995, un accord de siège avec l’Etat Burkinabè qui s’est engagé à lui apporter un appui. Il lui a ainsi conféré un statut d’organisation internationale avec tous les avantages y relatifs, notamment un statut diplomatique à son président. Il s’est aussi engagé à payer le loyer de l’organisation. Puis vint l’année 1999. L’engagement du président d’alors, Halidou Ouédraogo dans le Collectif contre l’impunité créé au lendemain de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo en 1998, fait changer la donne. Le gouvernement dénonce l’accord de siège. Raison avancée: le président de l’UIDH, Halidou Ouédraogo, du fait de son engagement dans le Collectif contre l’impunité, ferait de la politique. Malgré tout, l’UIDH a tenu le cap et bénéficiait encore de l’appui des partenaires techniques et financiers.
2003. L’UIDH tient un congrès. Elle élabore à cette occasion, un plan stratégique pour la période 2004-2007. Ce plan a été financé entre autres par Novib La Haye à hauteur de 524 071 425 FCFA. L’apport de l’UIDH au financement de ce plan était très insignifiant: moins de 1%, du fait de la faiblesse des cotisations de ses membres. Sur un total de 64 250 000 FCFA attendus de ces cotisations, l’Union n’a pu mobiliser que 12 926 436, soient 19,93% depuis sa création. Sous la présidence de Halidou Ouédraogo, seul le Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) et l’Association malienne des droits de l’homme (AMDH) dont le président, Brahima Koné est l’actuel président de l’UIDH, étaient à jour de leurs cotisations, selon un cadre de cette organisation de défense des droits humains. Bref, l’UIDH fonctionne essentiellement sur la base des contributions des bailleurs de fonds.

Caisses vides…

Le plan stratégique est arrivé à terme en juin 2007. Et voilà que les choses commencent à basculer. Commence ainsi une traversée du désert. Pourtant, au sortir du congrès de mars 2007, les membres avaient pris la résolution de relancer l’UIDH et d’en faire une organisation de référence en matière de promotion et de protection des droits humains en Afrique, comme à ses débuts. L’UIDH a acquis également un statut d’observateur à la Commission africaine des droits de l’homme. Le congrès avait recommandé des réformes organisationnelles et institutionnelles et l’élaboration d’un nouveau plan stratégique pour booster l’organisation. Mais ce discours a eu du mal à s’inscrire dans le champ du concret. Le plan stratégique annoncé n’a pas encore vu le jour.
Depuis le dernier congrès ordinaire, tenu en mars 2007, qui a consacré l’alternance à la tête de l’organisation avec le retrait du président fondateur, Halidou Ouédraogo du Burkina et son remplacement par le Malien, Me Brahima Koné, l’organisation bat de l’aile. Et depuis avril 2008, l’UIDH est en cessation de paiement: caisses vides, pas de salaires pour le personnel, cotisations sociales interrompues, cumuls de factures d’eau, d’électricité et de téléphones, loyer impayé. Actuellement, le personnel cumule 15 mois d’arriérés de salaires et de cotisations sociales. L’eau, l’électricité et le téléphones ont été coupés. Le siège a été déserté par les travailleurs.
A la date du 30 juin 2009, aucune section n’était à jour de ses cotisations. Aucune entrée de fonds n’aurait été enregistrée depuis l’installation de la nouvelle équipe dirigeante. En mai dernier, le nouveau président a annoncé aux différentes sections que le gouvernement malien a accordé un appui de 20 millions de FCFA à l’UIDH et a mis à sa disposition un local pour abriter des bureaux dans le quartier ACI 2000 à Bamako. Mais ces 20 millions n’auraient jamais été versés dans les comptes de l’UIDH à Ouagadougou, selon un cadre de ladite de l’organisation. Le président, Me Brahima Koné, que nous avons rencontré le 11 juillet dernier, confirme cette contribution de l’Etat malien mais précise qu’il s’agit d’un appui à l’organisation du congrès extraordinaire qui se tient à Bamako du 15 au 17 juillet 2009. Un compte spécial aurait été ouvert à Bamako pour héberger ces fonds. Mais il assure que contrairement aux accusations de détournements portées contre lui, il s’agit d’un compte spécial ouvert uniquement pour accueillir les fonds destinés à l’organisation du congrès extraordinaire. Pour lui, ces accusations ne visent qu’à ternir son image «à des desseins inavoués». Il affirme n’avoir rien à se reprocher. Il dit aussi n’avoir «jamais touché à rien qui ne lui est destiné». Mieux, « j’ai renoncé à mes indemnités bien avant qu’il n’y ait plus de quoi payer le personnel».

Salaire de 1 050 000 FCFA?

A cela s’ajoutent des accusations de «mauvaise gestion, de violations permanentes et répétées des textes de l’organisation» par le nouveau président depuis sa prise de fonction. Il aurait autorisé des décaissements pour des missions jugées inéligibles. En outre, il aurait revu à la hausse les indemnités servies au président de l’UIDH. Le président sortant percevait au total 850 000 FCFA par mois dont 350 000 F à titre d’indemnités (indemnités de responsabilité : 100 000 FCFA ; indemnités de suggestion : 100 000 CFA ; indemnités de représentation : 150 000 FCFA). Le nouveau président se serait octroyé 1 050 000 FCFA par mois. Mais là encore, documents manuscrits à l’appui, Me Koné démontre que ce sont des propositions qui lui ont étés faites par le Chargé de suivi de projet de l’organisation au motif que c’est ce que gagnait l’ancien président par mois.
Des sections auraient aussi reçu des fonds pour réaliser des activités mais n’ont fourni ni rapport d’activités ni justificatifs des dépenses. Certaines ont fourni des rapports narratifs d’activités mais sans justificatifs. D’autres ont simplement retourné une partie de l’argent parce que n’ayant pas pu conduire l’activité. Bref, il se passe des choses assez inquiétantes en matière de bonne gouvernance autant dans les sections qu’au niveau de l’organisation panafricaine des droits humains. Est-ce la faute de l’équipe dirigeante actuelle? Peut-être mais pas exclusivement. Certains membres et agents se sont rendus coupables d’intrigues et de pratiques qui sont loin de créer des conditions idoines d’un fonctionnement efficace et efficient de l’organisation. Il y a aussi des intérêts en jeux.

Et le Mali donna 20 millions de FCFA!


«Lorsque je prenais service, il y avait 19 millions de FCFA dans les comptes. Nous avons reçu ensuite 65 millions représentant la dernière tranche du budget du plan stratégique, virée par Novib, soit un total de 84 millions. Et à notre prise de fonction nous avons dû régler des dépenses engagées par l’équipe sortante pour l’organisation du congrès de mars 2007. Je vous rassure que je n'ai détourné aucun centime de l'UIDH et je n'ai fait aucune mauvaise gestion. Les résultats de l'audit sont là pour le confirmer», affirme Me Koné. Il ajoute que l’une des sources des difficultés financières est le coût élevé du fonctionnement qui représente environ 35% du budget du plan stratégique, soit environ 3 millions de FCFA par mois pour 12 agents. Il y a aussi les réunions du bureau de coordination qui coûte au bas mot 20 millions (billets d’avion, hébergement, frais de réunion, etc.) «Par souci d’économie, nous avons opté de réduire autant que possible ces réunions». En ce qui concerne le nouveau plan stratégique qui tarde à voir le jour, Me Koné affirme que cela est dû au fait que le congrès de 2007 ait recommandé des réformes organisationnelles et institutionnelles comme préalables à ce plan. C’est ce qui justifie l’organisation d’un congrès extraordinaire chargé de revoir les statuts et règlement intérieur. Cela devrait permettre de rendre l’Union plus opérationnelle et moins lourde dans son fonctionnement. Et il fallait trouver des ressources pour organiser ce congrès. Cette rencontre extraordinaire a justement pour objet se pencher sur les problèmes de l’organisation. Les participants feront le point des activités menées et des difficultés rencontrées. Ils examineront aussi l’état des finances de l’organisation et le règlement des charges, la situation du personnel et procéderont à des modifications statutaires. Il a déjà acquis l’appui financier de l’Etat malien (20 millions de FCFA) pour l’organisation de ce congrès. Le Burkina se serait engagé pour boucler le budget du congrès qui est de 40 millions. D’autres partenaires se seraient aussi annoncés. De même, un moratoire a été adressé aux sections pour leur demander de payer une contribution forfaitaire de 525 000 CFA comme solde de tous leurs arriérés de cotisations. Cinq sections auraient répondu favorablement. Il s’agit de l’organisation nationale des droits de l’homme (ONDH) du Sénégal, de l’AMDH (Mali), de la Voix des sans voix (RDC), de la Ligue camerounaise des droits de l’homme et du Mouvement ivoirien des droits de l’homme (MIDH). Ce congrès serait aussi une opportunité de lever des fonds qui pourraient permettre de régler la situation du personnel. Le président a d’ailleurs rencontré les travailleurs de l’UIDH le 10 juillet dernier. «Il affirme que ce sont des droits acquis qui ne sont pas remis en cause. C’est pourquoi il nous faut tenir le congrès de Bamako, pour finaliser le plan stratégique. Les partenaires ne nous ont pas abandonné. Ils nous demandent de faire des réformes pour alléger notre fonctionnement. C’est ce à quoi nous nous attelons. Le problème du personnel est une préoccupation».
Enfin Brahima Koné de rassurer qu’il n’a jamais été question de transférer le siège à Bamako. «Nous avons même écrit aux autorités burkinabè pour leur signifier que le siège de l’UIDH est et demeure le Burkina Faso. Du reste, au cours de mon séjour, nous avons rencontré le ministre de la Promotion des droits humains et nous avons réitéré notre décision de garder le siège au Burkina Faso. Sur conseil de mon prédécesseur, nous avons poursuivi les démarches auprès des autorités pour le rétablissement de l’accord de siège et elles ont accepté. Comment pouvons-nous après tout cela décider de transférer le siège? Cela n’a jamais été mon intention».
Dans tous les cas, l’UIDH traverse une mauvaise passe. Certains ne comprennent pas pourquoi organiser un congrès extraordinaire à quelques mois du congrès ordinaire qui devrait se tenir en principe en mars 2010. «Ce n’est pas un congrès électif ni de décision», affirme le président, convaincu que c’est la voie à suivre pour sortir de cette impasse financière. Le congrès extraordinaire résoudra-t-il les problèmes? Affaire à suivre!

Boureima OUEDRAOGO

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